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Réhabiliter la mangrove : un polder expérimental en Guinée

Ecosystèmes riches mais à l‚équilibre fragile, les mangroves offrent une multitude de ressources (riz, bois, poissons, etc.) aux populations riveraines. En Afrique de l‚Ouest, certains de ces marais maritimes ont vu leur productivité naturelle diminuer sous l’effet de la sécheresse ou d’aménagements inadaptés. En Guinée, des chercheurs du Centre national des sciences halieutiques de Boussoura (CNSHB) avec l’appui scientifique de l’IRD et le soutien de la Coopération française ont réalisé un essai de réhabilitation aux résultats prometteurs : le polder expérimental de Yangoha. Version modernisée des rizières traditionnelles, cet aménagement original de dix hectares non loin de Conakry repose sur le principe astucieux d’une gestion alternée de l’eau de mer et de l’eau douce. Simple et peu onéreux, il a permis une amélioration significative de la production. Trois ans après sa mise en place, les rendements atteignent près de trois tonnes à l’hectare, soit cinq fois ceux des rizières environnantes.

Zones fertiles, les mangroves offrent une grande diversité de ressources naturelles (riz, bois, poissons, huîtres, sel’ etc.) utilisées de multiples façons par les populations riveraines. En Afrique de l’Ouest, la riziculture est le principal mode d’exploitation de ces plaines de mangrove qui s’étendent sur 3,5 millions d’hectares, du Sénégal jusqu’au Sierra Leone. En dépit de conditions naturelles favorables, les rizières de mangrove en Guinée ne fournissent que 16 % de la production nationale, soit 16 000 tonnes de riz par an.

Comment expliquer les modestes performances de ces centaines de milliers d‚hectares de rizières sur les plaines littorales ? Elles sont dues à la fois aux stratégies inadaptées d‚intensitification de la production et aux contraintes des aménagements traditionnels.

Depuis un demi-siècle, des projets d’aménagement de grande envergure visant à intensifier la riziculture ont été entrepris en Guinée sur plusieurs milliers d’hectares en front de mer. Ces aménagements sont bien souvent inadaptés aux particularités de l’écosystème (diversité des faciès de sols, instabilité des conditions hydriques et sédimentaires). La mise en culture et l‚entretien de ces immenses périmètres cultivés nécessitent en outre des travaux de génie civil lourds. A plus ou moins long terme, la productivité chute pour atteindre des rendements similaires à ceux des rizières traditionnelles, les bougouni. Dans le même temps, aucun projet n‚a été entrepris pour améliorer les rendements de ces dernières. Les bougouni qui relèvent d’une tradition séculaire requièrent une importante main d’oeuvre, mais leur coût d’exploitation est faible. Cependant, leurs pratiques culturales entraînent une acidification des sols, à l‚origine de carences en éléments nutritifs (en particulier l’azote et le phosphore) nécessaires à la croissance des plantes. La fertilité des terres diminue alors et les rendements baissent. Les riziculteurs sont finalement contraints de les abandonner et de partir défricher de nouveaux massifs de mangrove.

Face à ces difficultés, le CNSHB avec l’appui scientifique de l’IRD et le soutien de la Coopération française a conçu un aménagement original de dix hectares non loin de Conakry : le polder expérimental de Yangoha. Version modernisée des bougouni, il repose sur le principe astucieux d’une gestion alternée de l’eau de mer et de l’eau douce.

La digue qui fermait le bolon (1) ayant été supprimée, l‚eau de mer, à la saison sèche, entre dans les casiers (2) par des vannes et est retenue grâce au clapet anti-retour dont celles-ci sont munies. L‚intrusion de l‚eau de mer permet de neutraliser l’acidité excessive des sols. En effet, celle-ci contient du magnésium et du calcium, capables, par échanges ioniques, de déplacer le fer et l’aluminium à l’origine de l’acidification. De plus, grâce à la vase apportée par la marée et aux sels minéraux contenus dans l‚eau de mer, la fertilité des sols se reconstitue naturellement, sans l’apport d’une fumure minérale onéreuse. Pendant l’hivernage, période où la pluviométrie est supérieure à quatre mètres en 6 mois, les pluies chassent l’eau de mer et dessalent les sols, permettant une bonne croissance du riz. Si la pluviométrie est excessive, l’eau est évacuée par les vannes. Si, au contraire, elle est insuffisante, une retenue d’eau aménagée en amont du polder et reliée aux casiers par des canaux permet d’activer le dessalement des sols ou d’irriguer les rizières.

Cet essai démontre que l’eau de mer n’est pas l’ennemi juré de la riziculture de mangrove, comme on le considère trop souvent. Au contraire, bien gérée, c’est un facteur déterminant de réhabilitation et de fertilisation des rizières. Simple et peu onéreux, l’aménagement a permis une amélioration significative des rendements. Trois ans après sa mise en place, ils atteignent près de trois tonnes à l’hectare, soit cinq fois ceux des rizières environnantes.

Le polder expérimental a, de plus, induit d’autres effets bénéfiques : développement de la pisciculture dans les casiers, maraîchage autour de la retenue d’eau, rétablissement du transport en pirogue permettant un meilleur écoulement des produits agricoles

Au-delà de ses répercussions strictement agronomiques, le polder a profondément modifié les pratiques des agriculteurs. Un nouveau système de production, plus lucratif et fondé sur la pluriactivité, est ainsi en train d’émerger dans la région.

(1) Bras de mer pénétrant à l‚intérieur des terres et au bord duquel se développe la mangrove.
(2) Parcelles cultivées et séparées par de petites digues qui retiennent l’eau.

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