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Denis Sassou Nguesso : le dernier roi du Congo

Après plus de 35 années passées au pouvoir, Denis Sassou Nguesso se prépare à représenter une nouvelle fois le parti au pouvoir aux élections de 2021. Rien ne semble pouvoir l’empêcher de conserver le fauteuil présidentiel pour les cinq prochaines années, pas même l’enquête internationale visant ses proches pour biens mal acquis.

A Brazzaville, les jours passent et se ressemblent pour Denis Sassou Nguesso. Président depuis plus de 35 ans de la République du Congo, l’homme est désormais habitué au flot de critiques et d’accusations subies dans la presse pendant qu’il ne croise que sourires des diplomates et présidents qui se pressent pour le rencontrer et collaborer avec lui.

S’approchant du record d’années passées dans le fauteuil présidentiel par le défunt Robert Mugabe, le président congolais a compris comment rester au pouvoir. Devenu ces derniers mois le visage du combat écologique africain, il ne semble pas ébranlé par les différentes accusations de détournement touchant ses proches, notamment son fils. Les élections sont proches, et celui qui a été surnommé par son peuple « Otchouembe » (le vieux lutteur invincible, Ndlr) ne semble pas inquiet concernant leur issue, pratiquement certain d’être réélu.

Train de vie de monarque, mainmise sur le pouvoir et insouciance concernant son avenir, Denis Sassou Nguesso est plus qu’un simple président, probablement l’un des derniers affichant une telle longévité sur le continent africain. L’actuel résident du palais présidentiel de Brazzaville est un roi…le dernier roi du Congo.

Le pouvoir et la vie

Dans le documentaire « Le pouvoir et la vie », co-réalisé par François Soudan, directeur de la rédaction chez Jeune Afrique et époux d’une ministre de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso est présenté comme un « apôtre de la paix ». Comparant le président congolais à Nelson Mandela, le documentaire, diffusé à la télévision nationale, provoquera l’ire de l’opposition à quelques jours de l’élection présidentielle.

Présenté comme un bâtisseur, un rassembleur et un modèle de gouvernance à l’africaine, le documentaire montre néanmoins un certain attachement du président congolais au pouvoir. Car pour beaucoup d’observateurs, Denis Sassou Nguesso restera au pouvoir à vie.

Etait-ce le rêve d’enfant de ce Congolais né dans le petit village d’Edou en 1943 ? Aux écoles primaires d’Edou, puis d’Owando, le jeune garçon rêvait-il de jets privés, de protocoles présidentiels et d’élections gagnées ? Est-ce pour cela, qu’après des études pour devenir instituteur, il se présente à un concours d’élèves officiers de réserve ? Ces questions, seul le président pourrait y répondre. Ce qu’on sait, c’est qu’en 1963, sorti parachutiste de l’établissement d’application de l’infanterie de Saint-Maixent-l’Ecole, et devenu l’un des premiers officiers du premier bataillon parachutiste de l’armée congolaise, Denis Sassou Nguesso va se rapprocher petit à petit des cercles du pouvoir.

Ce qu’on sait, c’est qu’en 1963, sorti parachutiste de l’établissement d’application de l’infanterie de Saint-Maixent-l’Ecole, et devenu l’un des premiers officiers du premier bataillon parachutiste de l’armée congolaise, Denis Sassou Nguesso va se rapprocher petit à petit des cercles du pouvoir.

Cela sera d’abord rendu possible par les promotions militaires intervenues entre 1968 et 1975 et qui le voient diriger l’armée de terre, la zone militaire de Brazzaville, puis les services de renseignement du Congo.

A cette époque, et depuis le début des années 1960, Denis Sassou Nguesso fait partie des officiers, conduits par Marien Ngouabi, menant une fronde contre le régime du président Alphonse Massamba-Débat. Lorsque ce dernier fait arrêter Marien Ngouabi, les parachutistes se rebellent et le libèrent. Ils forcent ensuite le président à transférer le pouvoir à un Conseil national révolutionnaire de 40 membres, dirigé par Marien Ngouabi où Alphonse Massamba-Débat n’est qu’un simple membre, ayant les mêmes prérogatives qu’un certain Denis Sassou Nguesso. Avec Marien Ngouabi et quelques personnalités, il crée le Parti congolais du travail (PCT), parti unique d’idéologie marxiste-léniniste. Est-ce à cette époque qu’il entrevoit la possibilité de présider, un jour, à la destinée du Congo et même d’obtenir le pouvoir à vie ?

Les premières années au pouvoir

Le 18 mars 1977, Marien Ngouabi décède dans une fusillade. Denis Sassou Nguesso, alors ministre de la Défense, fait arrêter plusieurs personnalités politiques et membres de la garde présidentielle. Il fait tenir une réunion de crise pour créer un Comité militaire du parti (CMP) et lui fait attribuer le pouvoir exécutif. Ce dernier abroge la constitution de 1973, mais confie le pouvoir au militaire Joachim Yhombi-Opango, décédé du coronavirus il y a quelques semaines. Denis Sassou Nguesso devient premier vice-président. Cela ne lui suffit clairement pas. En 1978, il entre en conflit avec le président Yhombi-Opango et le pousse, grâce à ses nombreux soutiens au sein du parti unique, à la sortie en faisant dissoudre le CMP et avec lui le pouvoir de Joachim Yhombi-Opango.

Denis Sassou Nguesso devient premier vice-président. Cela ne lui suffit clairement pas. En 1978, il entre en conflit avec le président Yhombi-Opango et le pousse, grâce à ses nombreux soutiens au sein du parti unique, à la sortie en faisant dissoudre le CMP et avec lui le pouvoir de Joachim Yhombi-Opango.

Le 8 février 1979, le comité central du parti nomme Denis Sassou Nguesso président, avant qu’en mars 1979, il ne devienne président du comité central du PCT et, de droit, président de la République pour cinq ans. Denis Sassou Nguesso fait ensuite adopter par référendum une nouvelle constitution recréant les institutions politiques d’avant le CMP. Au début, son régime souffre de la situation financière précaire de l’Etat. La deuxième année de son mandat, une envolée des cours du pétrole et la mise en exploitation du champ pétrolier de Likouala apportent de l’oxygène aux finances du pays. Grâce à d’autres gisements, le pays accède même à une relative prospérité. Le gouvernement porte l’âge de la retraite de 50 à 55 ans, augmente les salaires des fonctionnaires et la bourse des étudiants et lance un plan quinquennal de développement ambitieux. Visant à aménager le territoire en construisant plusieurs routes et ponts, ainsi que de nombreux édifices publics, il vaut aujourd’hui au président congolais l’image de bâtisseur qu’il cultive.

Seulement, une chute des prix du pétrole vient mettre fin à la dynamique. Malgré tout, le 3e congrès ordinaire du PCT de 1984 réélit Denis Sassou Nguesso à la tête du pays. Sous la pression des institutions de Bretton Woods, il adopte un programme d’ajustement structurel (PAS), avec le gel des avancements et des recrutements dans la fonction publique. Il supprime également certains monopoles d’Etat pour obtenir un rééchelonnement de la dette du pays. 3 ans plus tard, son régime annonce qu’un complot contre le président a été déjoué et l’ancien président Joachim Yhombi-Opango est arrêté.

En 1990, la chute du mur de Berlin et les différents changements tels que la fin de l’apartheid suscitent de nouvelles aspirations chez les peuples africains. En juin 1990, lors du sommet France-Afrique à La Baule, François Mitterrand invite les dirigeants africains à libéraliser la vie politique et fait savoir que l’aide française sera désormais assujettie aux efforts de démocratisation.

En juin 1990, lors du sommet France-Afrique à La Baule, François Mitterrand invite les dirigeants africains à libéraliser la vie politique et fait savoir que l’aide française sera désormais assujettie aux efforts de démocratisation.

Le mois suivant, le comité central du PCT décide de la séparation du parti et de l’Etat, avant d’instaurer le multipartisme en septembre 1990. Le pouvoir de Denis Sassou Nguesso se met à chanceler. Non seulement de nombreux partis d’opposition sont créés, mais certains proches du PCT décident également de prendre leurs distances pour créer leurs mouvements politiques. Plusieurs journaux privés naissent et se montrent très critiques envers la gouvernance, mais également le train de vie de Denis Sassou Nguesso. En août 1991, le frère du président, Maurice Nguesso, et l’ancien ministre des Finances, Justin Lékoundzou Itihi Ossetoumba, sont arrêtés pour détournement de fonds publics. En mars 1992, une nouvelle constitution est adoptée par référendum. Elle instaure un régime semi-parlementaire. En 1992, les élections locales et législatives relèguent le PCT au rang de troisième force politique du pays, avant que l’élection présidentielle d’août ne voie Denis Sassou Nguesso perdre le pouvoir contre Pascal Lissouba.

L’intermède parisien avant le retour aux affaires

La perte du pouvoir est vécue comme une véritable humiliation par Denis Sassou Nguesso. Il se replie un moment dans son village d’Oyo, au nord du pays, avant de partir en France, s’installer avenue Rapp, à Paris. Malgré tout, au Congo, les affrontements entre ses partisans et ceux de Pascal Lissouba sont à l’origine d’une guerre civile.

Le conflit prend une plus grande ampleur en 1997, lorsque Denis Sassou Nguesso décide de revenir au Congo. Il veut regagner le pouvoir par les urnes. Son antagonisme avec Joachim Yhombi-Opango refait surface. Finalement, un affrontement larvé entre les deux camps s’aggrave lorsque le président Pascal Lissouba s’en mêle. Le 5 juin 1997, l’armée, aidée par les « Zoulous », milice privée du président, encercle la résidence privée de Denis Sassou Nguesso. Mais, on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Les « Cobras », milice de l’ancien président, repoussent l’armée et occupent en quelques heures la majeure partie du nord de Brazzaville.

Le 5 juin 1997, l’armée, aidée par les « Zoulous », milice privée du président, encercle la résidence privée de Denis Sassou Nguesso. Mais, on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Les « Cobras », milice de l’ancien président, repoussent l’armée et occupent en quelques heures la majeure partie du nord de Brazzaville.

Durant quatre mois, de violents combats font des milliers de morts et d’exilés. La médiation internationale ne produit aucun résultat. Finalement, le ralliement de nombreux déserteurs de l’armée ainsi que le soutien de l’armée angolaise au camp de Denis Sassou Nguesso font pencher la balance en sa faveur. Le 15 octobre 1997, les forces de Pascal Lissouba sont défaites et le conflit ayant fait plus de 400 000 morts s’achève sur un retour au pouvoir de Denis Sassou Nguesso.

Conscient que les temps ont changé, « le vieux lutteur invincible » se dépêche d’organiser des élections pour légitimer son pouvoir. Il en sort vainqueur avec près de 90 % des suffrages.  Il dirige ensuite le pays pendant 18 années durant lesquelles il domine le Congo sans que son pouvoir ne soit ébranlé. Il faut dire que cette fois, le « Roi » a retenu la leçon. Il ne s’entoure que de ses proches. Ces derniers dirigent avec lui sans être inquiétés par les nombreuses accusations de détournement issues de la presse internationale.

En 2015, Denis Sassou Nguesso fait modifier la constitution pour pouvoir se représenter aux élections prévues pour l’année suivante. Il sera réélu dès le premier tour avec plus de 60 % des suffrages.

L’intermède de la période 1992-1997 semble définitivement oublié. Installé confortablement dans le fauteuil présidentiel, Denis Sassou Nguesso semble désormais inamovible – les prochaines élections de 2021 devraient le confirmer- et cela, aucune affaire judiciaire ne semble pouvoir rien y changer.

Pendant ce temps, son train de vie et celui de ses proches contrastent fortement avec l’économie congolaise en difficultés depuis plusieurs années. Mais, cela importe-t-il quand le natif d’Edou semble avoir obtenu son fameux pouvoir à vie ?

Servan Ahougnon

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